01 août 2010

Itinéraire nocturne d’une traversée africaine

Je continue mon périple solo dans la belle Afrique de l’Ouest.

Arrivée à l’extreme nord du Bénin : Tanguieta

Escale aux chutes somptueuses d’une trentaine de mètres bien renflouée actuellement en cette saison des pluies, bol de nature immense et posage au pied d’un baobab sacré (comme la plupart des baobabs !) puis direction la gare routière : il me faut trouver un moyen de transport le moins onéreux possible pour me rendre au Burkina Fasso.

Je repère un minibus (12 places) qui part cette nuit : rendez vous fixé à 2h30 pour une durée estimée entre 8h et 15h…en fonction !

Petit repos dans une auberge en attendant l’heure fatidique : c’est pas comme si le trajet allait être reposant, il faut donc des lors prendre des forces.

Je prends un ZEM avec mon gros sac à dos jusqu’au lieu de rendez vous, mon sac est rapidement balancé sur le toit avec l’ensemble des affaires des autres passagers (sacs plastiques à gogo, bassines et paniers plein de je ne sais quoi, quelques mobylettes en supplément c’est un véritable bazar la haut ! Pourvu que les 2 cordes qui servent de liens tiennent le coup. Il faut rapidement monter dans le bus et choisir sa place : 1er arrivé, 1er servi... Comme je suis blanche on me propose la place de choix à l’avant, je refuse, je ne veux pas de favoritisme (après coup je me dis que j’aurais peut être mieux fait d’accepter ! ;) ).

Il est 3h30 et on part enfin, on est 19 dans le bus (oui oui, on est bien serrés, mais j’ai déjà fait pire : 12 dans une voiture 5 places…donc la c’est tout confort ou presque)

Dans le bus la population est très variée : des femmes riches, belles, grosses et bien vêtues qui partent avec leur maison entière, des enfants sous la responsabilité d’un plus grand (environ 15 ans), un homme nomade vacher dont le « boulot » est de se déplacer avec son troupeau en respectant la vitesse de la nature (beaucoup s’interrogent sur sa présence dans le véhicule), des béninois qui parlent fort, des burkinabés bien plus discrets, 3 hommes qui gèrent le bus et s’excitent de partout pour trouver des voyageurs supplémentaires qui permettent de rentabiliser au maximum le trajet…et moi.

La nuit est sombre, la route complètement défoncée, le bus fait des bonds de trous en trous malgré les violents braquages du conducteur pour les éviter. Une forte odeur d’essence (frelatée cela va sans dire) empreigne mes sinus me baignant dans un état léthargique renforcé par la fatigue.

Premier arrêt, les discussions s’étaient calmés, chacun somnolait peu à peu toujours dans le noir comme des clandestins sous leur bâche, tout le monde sort de la torpeur d’un coup, être attentif au moindre souci sur la route. Je ne comprends pas réellement ce qu’il se passe mais plusieurs sortent et s’éloignent à un mètre ou deux : c’est l’arret pipi…3 minutes max, les femmes se cachent derrière leur boubous (les béninoises sont bien moins pudiques que les burkinabés), les hommes font comme à leur habitude, n’importe ou n’importe comment…bonjour hygiène !  puis le bus klaxonne une fois (et pas deux), il faut remonter, aucun retardataire ne sera attendu, d’ailleurs, nous perdons un passager à cette occasion, je m’étonne, la personne à coté de moi me rassure, « c’est bon, c’est normal », je ne cherche pas plus et me recale dans mon coin, colée à deux enfants dont l’un dors par terre la tête posée sur les jambes de son frère, je retrouve ma position le coup courbé sous l’habitacle du bus que je trouve particulièrement étroit…je ressens des petites douleurs entre la courbature et le torticolis, je cherche à ma caller autrement, mais je n’ai pas un cm me permettant un rotation ou tout autre mouvement … tant pis. Le sommeil me gagne enfin, la route doit être plus préservée… puis nouvel arrêt : sur le bord de la route, les chauffeurs récupèrent des sacs de charbons et d’autres trouvailles étranges, l’un d’entre eux reste au dessus du toit pour réorganiser tout le schmilblique pendant que nous continuons de rouler et finit par rentrer par la fenêtre après une escalade périlleuse à plus de 100Km/h comme si de rien n’était… On freine encore et spotlight dans la tête, quelqu’un nous étudie dans le bus, on doit tous sortir… Quoi encore ?? C’est la douane, on doit présenter nos papiers et obtenir un droit de sortie du territoire béninois. Moi j’ai un beau passeport avec une grenouille dessus (merci les topains !), il est bien reconnaissable, les douaniers en rient, moi je suis contente, je le repère, je sais précisément dans quelles mains il se trouve… hors de question de le perdre ! Un homme n’a pas de papiers, les douaniers l’emmènent un peu plus loin et discutent, je n’en saurai pas plus mais il revient et remonte dans le bus avec nous (probablement allégé de quelques billets) après que nous ayons été appelés un à un. Je suis en règle tout va bien. Ceux qui n’ont pas fait leur vaccin de la fièvre jaune ont également rendez vous plus loin sous l’arbre…quelle transaction se fait la bas, encore une nouvelle question sans réponse…On repart, quelques km plus loin, c’est la frontière Burkinabé, il faut maintenant l’autorisation à rentrer dans le territoire, le chauffeur s’adresse à moi en m’agressant à moitié : « y’a le visa ? », « euh non, je pensais le faire ici », « alors t’attends quoi, tu vas nous retarder la ». Je rentre dans la paillotte devant laquelle un homme regarde la TV et me salue, deux personnes en uniforme dorment à l’intérieur, l’homme se réveille, la femme relance une nouvelle musique sur son portable tuné avec des lumières rouges et bleues ambiance disco ! et vise avec habileté 3 moustiques qui tournent autour d’elle et qui devaient l’avoir importuné pendant son sommeil. L’homme me tend un papier à remplir, je le fais rapidement pendant qu’il discute tranquillement avec son compère devant en faisant les 100 pas entre lui et moi, au passage il écrase une sorte de mini chauve souris qui s’était perdue dans la paillote, il ne s’en rend même pas compte…elle oui, paix à son âme .. le chauffeur arrive et gère une magouille d’argent avec lui, j’ai un peu l’impression d’être dans une autre dimension, mais jusqu’ici tout va bien… Puis vient le moment du payement : 94000 francs cfa = 140€ (je m’esclaffe !) QUOI ??????? (bon, en fait, j’était plus ou moins au courant d’une augmentation du Visa depuis le début du mois de juillet et j’avais prévu le coup, mais à ce point là c’est du vol !) le douanier me tend un vieux papier A4 sans en tête ou c’est effectivement marqué ce montant et m’explique que c’est pour contrebalancer la difficulté pour obtenir les visas français tout aussi chers et souvent refusés sans raison. Le chauffeur me presse, je m’exécute, je sors ma liasse de billets et me demande combien vont aller directement dans leur poche… y’a de quoi flinguer un budget de vacances…normalement c’était 15000 francs cfa. Il rempli alors le reçu que je lui ai demandé et le papier signifiant mon passage au burkina : allez, 20 minutes pour écrire mon nom, prénom, la date et le montant du payement… à deux reprises. Petite précision, ce visa n’est valable que pour 7 jours…il ne peut pas faire plus, il faut donc que je passe à l’ambassade de Ouaga pour le rallonger sous peine de ne pouvoir sortir du territoire. Connaissant les institutions africaine, le niveau d’alphabétisation des fonctionnaires et leur productivité qui me ferait perdre au minimum une journée de voyage voire plus, je décide de prendre le risque et de passer l’étape du prolongement, on verra au retour, au pire je glisserais un petit truc dans mon passeport… C’est reparti, on fait 1km et on s’arrête de nouveau à une station de police, le bus est pile devant l’entrée, on demande à ce qu’il soit déplacé : il ne faut pas que les voyageurs puissent voir ce qu’il se passe à l’intérieur… Les chauffeurs partent donc pendant 45 minutes faire « on ne sait quoi » (probablement une petite bière ou une petite sieste partagée avec les amis policiers), le voyageur qui avait disparu nous rejoint « alors vous étiez ou ? ca a mis du temps »… « c’est la yovo, on a du faire les papiers, elle a payé ».(et eux, ils en ont des visas… ?et lui il a fait comment pour venir ici ?).  Cette fois c’est bon, profitons en pour faire un tour aux toilettes (enfin, dans la brousse, ou dans la mini pièce avec un trou malodorant au milieu…les toilettes à l’africaine un vrai rêve !)parce qu’il n’y aura pas d’arrêt avant un bout de temps. L’aube pointe son nez, on sort de la pénombre, on a passé les frontières, on est tous réunis, les langues se délient on partage les quelques nourritures que nous avons, on fait des blagues, on se plain, on rit… comme si une lourde et sourde pression subie par tout le monde s’envolait par enchantement. Etrange sentiment de solidarité créé par quelques heures de voyage commun.

Sur le trajet, on voit la végétation se transformer, les paillottes sur le bord de la voie également, le copilote saute de temps à autre déposer quelques bidons d’essences aux rares vendeurs à la sauvette situés derrière la frontière (ici la législation à ce propos est beaucoup plus dure – ce qui explique l’odeur constante et les pause longues auprès des policiers) ou les sacs de charbon précédemment ramassés. Tout n’est que business, les voyageurs sont parqués dans le bus et ne doivent pas ralentir le rythme effréné d’un commerce plus que douteux… La vie reprend son cour, les femmes sur le bord de la voie nous vendent toutes sortes d’aliments qui attendent patiemment au soleil : œufs, sésame, viande séchée, boissons pétillantes (ici le fanta mandarine est a l’honneur !), sachets d’eau, pain, arachides évidemment… elles courent derrière le bus pour recevoir le payement, les transactions doivent être rapide et le compte bien calculé : on n’attend personne. Des voyageurs descendent, d’autres montent, il y a un va et vient constant, de petits arrêts fréquents pour 100 ou 200f: le profit avant tout. Le convoyeur hurle par la fenêtre à chaque fois que l’on voit quelqu’un « C’est ou ? » l’autre hurle sa réponse, en fonction on ralenti ou pas. On change de fuseau horaire, on recule d’une heure, lorsqu’on arrive enfin à Ouaga (sans aucune problématique technique par la grace de Dieu), on a passé 11h bloqué chacun à sa place, on se salue d’un regard, et chacun part dans sa direction…je récupère mon sac, boit une gargée d’eau, les enfants m’accostent immédiatement, « Toubabou bidon, toubabou, bidon », non j’en ai besoin moi, et puis il faut continuer (ou « évoluer » comme on dit ici) le périple n’est pas finit, mon rendez vous est à Koudougou… je prends directement un taxi qui m’amène à la gare des bus adaptés (ici les taxis sont comme chez nous juste avec des voitures vieilles de 40 ans, et le réseau de bus particulièrement développé), prendre mon billet, il se trouve que le bus de la compagnie concurrente est en retard d’une heure environ et part à la seconde, ni une ni deux je fonce dedans, je me trouve une petite place au milieu d’une famille : j’ai hate d’arriver maintenant… encore 1h30 de trajet, je rêve d’un café et un pain mais je ne veux pas perdre une seconde de mes 10 jours à passer ici !

Burkina, c’est moi que vla’ !

Posté par PaulinoBenin à 10:44 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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