22 juin 2010

Quelques aperçus des découvertes et aventures de mes derniers week end..

à plusieurs reprises, dans des visites organisées ou hasardeuses au détour d’un chemin, j’ai eu l’occasion de visiter des villages béninois.

De taille très variable, ils sont tous organisés de la même façon : un chef de village(CV), et des notables pour la protection du village et ses habitants que ce soit du point de vue administratif, policier, ou vaudou (le féticheur). Les petits villages ne sont la plupart du temps pas électrifiés, ils vivent à la lumière du soleil, l’eau est accessible au puis, et l’eau de pluie récupérée pour les lavements, pour faire chauffer la nourriture, le feu de bois en majorité ou les fours à charbon (le gaz, en bouteille dans les grandes villes seulement, les gens sont étonnés quand j’explique que chez nous nous avons un réseau de gaz…et quand j’informe sur les dangers du gaz, ils pensent sincèrement qu’on est vraiment des chochottes, mais que c’est normal, on est blancs on est fragiles !Lol). Souvent les habitants d’un village  ne sont constitués que d’une même famille…puisqu’elles sont énormes ! tous sont donc liés les uns aux autres, des milliers de personnes qui ont tous un lien de sang entre eux (les femmes s’installent toujours dans la famille de leur mari…et si ce dernier meurt elles se remarient avec un beau frère pour ne pas modifier l’organisation de la famille).Lorsque l’on arrive dans un village, on commence toujours par passer devant le fétiche de protection : legbah, puis on rencontre en général l’ensemble des notables présents par ordre hiérarchique, ou chez une représentant de la famille proche qui est souvent fière et se gargarise d’avoir son frere « direct » (= meme père meme mère…parce qu’ils sont tous « frere » ici !) ou son père en tant que CV. On se rend chez eux – devant la porte sur des bancs ou des nattes prévus pour recevoir- et on ne doit pas les saluer ou leur adresser la parole avant d’avoir accompli le rituel : Une femme de la maison nous apporte –sans nous parler, parfois un signe de tête – un bol d’eau dans lequel chacun doit boire (évidemment, nous on peut pas, y’a pas de pastille dans cette eau, donc en fonction, si on est un peu foufou on en prend un tout petit peu, on fait semblant, ou on explique, en galérant parce qu’il faut pas vexer) on en renverse quelques gouttes sur le sol pour nourrir les esprits des morts de la famille, puis ont fait de même avec un shot (mini verre) de sodabi – alcool bien bien fort local à base de vin de palme qui est très consommé, et qui peut être un véritable tord boyaux quand il est de mauvaise qualité, mais qui met en joie… et là tu te lèves pour saluer le dignitaire chez qui tu es, échange de politesses, parfois en langage local, (c’est chaud !) parfois en français et pour quelques anciens en anglais (accents de folie !). Une fois que les chefs sont au courant de notre présence, ils peuvent combattre l’ensemble des mauvais esprits qui pourraient affecter notre passage : il est donc indispensable de commencer par cette étape. Ensuite, on demande l’autorisation de partir..en général, ils nous remettent une petite lampée de sodabi pour nous remercier…quelque soit l’heure !

Tous les villages ont leurs mythes, leur foret sacrée, leur fantômes, leurs fétiches enterrés, la salle réservée aux morts de la famille…donc souvent il y a une partie du terrain interdite de visite aux « non initiés » que nous sommes (les personnes qui n’ont pas fait le rituel d’initiation au vaudou permettant de connaître son vrai nom et le signe qui le porte).

Au milieu de certains villages, sur la place principale comportant la fontaine – robinet ou pompe manuelle– et le lieux de jugement des histoires du village,  il y a une zone de purification pour les femmes adultères, si elles sont accusées (parce qu’elles ont été surprises, ou parce que le vaudou à révélé la problématique par le biais d’une maladie étrange ou d’une « vision » du prêtre Fah), leur mari peut les répudier simplement…ou, s’ils sont emprunts d’une grande clémence, accepter qu’elles se rendent à la purification (dans une mini foret ou chaque époux a planté un arbre lors de la remise de la dotte)pendant quelques jours et qu’elles reviennent comme vierges.

Pendant que nous nous baladons à travers les ruelles plus ou moins propre et entretenues, nous sommes suivis par l’ensemble des enfants du village (s’ils ne sont pas effrayés par la couleur de peau des yovos) qui courent, rigolent, jouent… des visions d’enfants derrière un pneu avec un baton pour le faire rouler…à l’ancienne. Les hommes travaillent à la pêche, aux champs, à la forge, les femmes vendent les produits récoltés (sauf les produits de rituels issus de la forge ou de la chasse car la divinité féminine possède le pouvoir de les désacraliser, elles n’ont donc pas le droit de les toucher), ou sont au moulin pour faire les farines tirées de ces mêmes produits. Elles s’occupent également de la maison, de la famille, des enfants, les leurs ou les autres… Les enfants vont à l’école (la plupart), et aident leurs parents les week end, il est permis de faire travailler un enfant les jours chomés (ou y’a pas d’école), cela leur apprend un métier, une rigueur, des valeurs….les bases de la vie ici.

Au détour de balades en vélo, il m’est arrivée de me retrouver dans des fêtes mortuaires d’une ancienne du village, tout le monde alors se réunis en plusieurs points dans le village pour chanter et danser et mangeant et buvant. Nous sommes toujours accueillis bras ouverts, et gavés de diverses bierres, nourritures etc… un enfant se ballade parmi les convives pour présenter le portrait du mort sur lequel on dépose quelques offrandes…monétaires.

En repartant, on croise des femmes « Viens voir ! », j’y vais, « Ma fille veut monter sur ton vélo, faire un tour », « OK », elle prend l’enfant qui se met à hurler et a se débattre, elle la force… Je me retourne et engueule la mère, « qu’est ce que tu veux ? elle ne veut pas monter, laisse la ! », « Mais si, emmène la chez toi la bas »…
….gloups, elle serait montée nous aurions fait un tour, et les femmes auraient disparues…me laissant leur enfant. Aaaarg

Un peu plus loin, un autre village, un homme entièrement soul nous accueille, il nous confond partiellement avec des esprits, on ne comprend pas tout ce qu’il dit, au village d’après un homme et son fils les deux avec des armes à feu…humhum, l’enchainement des deux situations n’est pas tres rassurant, mais en fait, tout va bien, ils sont très aimables et partent juste chasser…encore plus loin un autre village, un enfant de 3ou 4 ans à l’entrée nous vois arriver, il se met à hurler, il n’a jamais vu de yovo, ca peut faire vraiment peur quand on n’est pas habitué.

On continue le chemin, on se retrouve entre les champs à perte de vue, dans le sable les vélos dérapent, ils est difficile d’avancer rapidement, on avance maintenant sur cette route depuis 20 minutes sans voir ame qui vive,on fait une petite pause dans la nature mais le temps passe vite, la nuit risque de tomber d’un coup nous laissant sans aucune visibilité… Petit frisson d’effroi dans le dos, que faire ?  on repart en arrière ? Je propose de continuer, on ne voit pas ou on va et la personne qui m’accompagne se fit au soleil et estime que nous ne sommes plus dans la bonne direction, c’est pas grave, comme on dit ici « on évolue » . Au bout d’un moment, un enfant court vers nous « Yovo yovo, donne moi un cadeau, on s’explose de rire, on souffle, ca y est, on est de retour à la civilisation…ouf. On retrouve donc la piste principale, malheureusement pour rajouter à cette journée chargée de sport et de sensations, deuxième accident : de vélo cette fois, mon acolyte à foncé dans le vélo d’une femme très chargé de manioc et de paille qui a sans prévenir tourné vers l’autre coté de la route. Sous le choc elle se retrouve avec quelques égratignures, elle n’a pas l’air bien, on la soigne, on voit que ca n’est pas très grave, juste il faut nettoyer avant que ca s’infecte. Elle fait un cinéma, on ne comprend pas…elle veut de l’argent, elle refuse de bouger du milieu de la route si on la paye pas, un attroupement autour de nous, heureusement, certaines femmes ont tous vu et valide notre version de la situation… on donne quand même une pièce pour un pansement (qu’elle ne fera pas)…on s’en va.  Jusqu’ici tout va bien.

La ville

Lorsque l’agglomération est plus grande, jusqu’aux villes, il y a en plus des CA (Chef d’Arrondissement), des élus du type maire et membres du conseil…mais pour beaucoup il n’ont pas réellement de compétences autres qu’etre d’une famille reconnue et d’avoir une lignée importante (c’est donc souvent des « vieux » , terme utilisé pour désigner les plus agés avec respect puisqu’ils sont les plus sages) et les féticheurs et marabouts possédant le secret du vaudou restent ceux représentant le plus important pouvoir. Donc au niveau des projets de développement des villages et petites villes c’est pas forcément le top, les initiatives sont peu nombreuses (les idées naissent elles plus facilement entre deux verres de Sodabi ??). Quand des travaux sont entrepris c’est pour suivre les exemples déjà proposés dans d’autres « agglomérations ». L’une des premières étapes consiste à favoriser les communications des transports vers la ville, création de routes, ou placement du centre ville à l’intersection de deux d’entre elles. Puis pour générer du commerce, c’est la mise en place du marché ou seront vendus les récoltes des divers labeurs des villages alentours s’il génère suffisamment de demande pour une offre opulente et tres semblable dans ces microcosmes de survie ou chaque franc CFA est important. Pour toutes ces décisions, l’emplacement du marché, sa périodicité, sa période de construction…Etc… il est obligatoire de consulter le Fah, c’est lui qui, communiquant avec les esprits, pourra donner les meilleures indications pour permettre la réussite de l’initiative prise. Puis des sacrifices rituels sont réalisés, et des fétiches adaptés cachés pour protéger l’harmonie des commerces, de leurs vendeuses de tous horizons, des acheteurs multiples (parfois étrangers !) et de l’ensemble des esprits qui accompagnent leur chemin.
Ainsi, on se retrouve avec des marchés gérés par la mairie, qui ouvrent de 9h à 1h du matin, avec une périodicité de 5jours (c'est-à-dire le jour du marché précédent + 4 jours), avec des femmes vendant toutes les mêmes produits de la dernière récolte (fruits, légumes – mais peu – graines, arachides, piment séché, poissons fumé ou bouilli…), et celles (les tantis) proposant des plats tout prêts a base de pate de maïs, de riz, de beignets …. Pendant la journée, il y a également quelques stands avec des produits usinés, bien plus chers (lait en poudre, nescafé, PQ, concentré de tomate…), et des tissus pour faire des fringues ou des pagnes, ou encore les hommes vendant les cranes et autres trucs à l’odeur écœurante utilisés pour les sacrifices, quelques « pharmacopées » ambulantes et illégales vendent des géllules sorties de leurs emballages ayant trainé quelques heures sous un soleil de plomb, mais que l’on peu acheter à l’unité et donc bien plus abordable qu’une boite officielle.

Le Benin est un pays sans balance, il y a donc des personnes (des vaniers) qui confectionnent des petits, moyens ou grands paniers permettant la mesure précise (ou presque) de ce qui est vendu. La nuit chaque stand est éclairé à la lampe à pétrole, des halos de lumière, une odeur étrange et une ambiance bien particulière animent le marché au son des rires tonitruants de toute cette communauté de femmes qui s’engueulent pour un rien jusqu'à s’exploser de rire et se tomber dans les bras à grand coup de hugs. Cette activité de commerce est l’une des plus importante pour la région, si le marché se développe il y a énormément d’emplois créés. Au-delà des commerçants, les ZEM permettent à la population de venir consommer,  les taxis permettent aux commerçants de partout d’arriver à la place, avec sur leur toit des cargaisons qui font environ deux fois la hauteur du véhicule… Le tout dans une ambiance bon enfant…mais dans une consommation mal maîtrisée, beaucoup de pertes (c’est vraiment étrange, par peu de vente ou par une inconscience du gâchis), et avec une pollution particulièrement forte (les plus grandes villes mettent en place du ramassage d’ordure, créant encore de l’emploi. Si autrefois les produits étaient vendus dans des feuilles de palmiers que l’on pouvait jeter dans la rue sans craindre la pollution, ils sont maintenant tous mis dans des petits sachets en plastiques noirs bien plus pratiques... Cette évolution de la consommation n’a pas été suivie d’une information/sensibilisation concernant un éventuel changement des comportements, et l’automatisme de jeter le contenant directement dans la rue ainsi que le manque de poubelle, créent des marchés et pistes pittoresques entachées de déchets.

La grande ville : Cotonou

Là ou se retrouvent les marchés les plus importants, c’est la capitale, c’est Cotonou. On trouve tout à Cotonou, les tarifs sont impressionnants et varient d’une rue à l’autre, tout est vendu, Kpomassé pour la bouffe et  les tissus, Misséboa pour les fripes (les vêtements récupérés en majorité dans les dons humanitaires venus de l’occident), des grandes surfaces dans le quartier expat pour tous les yovos qui ont plein d’argent et qui vivent ici comme au pays (Ketchup, Mayo, chocolat, Nutella, Nesquick  foie gras….etc…à des prix exorbitants). Partout le monde grouille, les gens hurlent, les vendeurs se baladent avec leur chargement à bout de bras en hurlant « Ago » (=Bouge !) pour se frayer un chemin dans cette densité de population… On est collé les uns aux autres, c’est également le lieu réputé pour la criminalité. Et ce n’est pas parce qu’on est dans la « grande ville » que les infrastructures sont meilleures : les coupures sont très fréquentes (elles sont même parfois provoquées intentionnellement par le gouvernement pour limiter la consommation trop couteuse…dans ces cas là on est majoritairement avertis la veille), et l’eau des pluies inonde de manière problématiques rues et maisons qui souvent n’ont même pas étés terminées. La ville est composée en partie de bas fonds qui subissent les averses, créent des points d’eau stagnante facilitant encore la propagation des infections par l’humidité omniprésente et le peu d’hygiène, les déchets accumulés, les animaux morts, les invasions de moustiques et de crapauds… Certaines rues/zones sont alors inaccessibles et renforcent l’engorgement de ZEM et autres véhicules dans les 3 ponts reliant la rive centrale et la rive extérieure. Le bruit est permanant, la pollution également. Des routes sont en construction dans toutes les directions, des échangeurs poussent alors que la population reste dans l’insalubrité. La culture assez représentée mais les grosses institutions restent française (CCF), le ciné a fermé, l’activité principale est de se retrouver autour d’un verre pour discuter, chercher des moyens de financements, refaire le monde… Ca a été mon occupation première à Cotonou également, et lorsque je me suis baladée deux heures dans le centre, les gens s’étonnaient de me voir marcher, les ZEM accostent sans arrêt, pour 100m on prend un ZEM ici, l’environnement n’est pas adaptée aux marcheurs et la pollution est étouffante, à tel point que j’en ai été un peu malade.

On est entre deux mondes, les choses évoluent et les croyances anciennes sont toujours très présentes, on sent un passage vers une autre société (les familles polygames sont de moins en moins fréquentes, les droits des femmes et enfants de plus en plus étudiés et communiquées, l’éducation prend rapidement sa place d’importance, permettant l’amélioration du niveau de vie…) mais la culture ancestrale se trouve bousculée par les nouveaux idéaux apportés par le modèle européen, par la colonisation, l’implication toujours forte dans la politique (cf

la France Afrique

), et l’aide humanitaire qui sous couvert de bonne action crée des états de dépendance et d’impossibilité de développement local (à mieux expliciter dans un autre post J ). C’est étrange de voir les priorités de développement des politiques, la multitude de besoins et projets existants et les niveaux de vie disparates en fonction du lieu de vie et de l’accès aux services les plus élémentaires.

Posté par PaulinoBenin à 16:23 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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